Lettre de novembre 2019

Le vertueux connaisseur du Bien

L’incident a un aspect comique qui me réjouit fort. Un génie méconnu — vous allez comprendre très vite pourquoi je lui applique cette épithète —est l’amant d’une de mes très anciennes connaissances. Il a été incité par celle-ci à lire ma Lettre philosophique d’octobre.
Soucieux de témoigner une sympathie non feinte au couple, je les avais invités à déjeuner. Avant de m’en amuser, je fus très surpris de recevoir un courriel de ma vieille amie. Elle m’apprenait que son lascar ne voulait absolument plus me rencontrer depuis qu’il avait lu la Lettre d’octobre par laquelle, comme vous le savez peut-être, je m’exprime en faveur des blasphémateurs.
Comment ? Un de mes modestes écrits avait encore le pouvoir d’indisposer un lecteur attentif qui en avait immédiatement saisi les subtilités de l’argumentation ! L’idée me remplit de joie. Contrarier les grands penseurs, n’est-ce pas la motivation de tous les iconoclastes ?
Mais d’où provenait la haine non dissimulée de ce moraliste pénétrant ? Une seconde de réflexion me fit écarter l’hypothèse la plus simple qui devait aussi être la plus fausse, savoir que ce lecteur inspiré serait très religieux et que mes incitations à se moquer de toutes les divinités l’insupportaient.
Il convient de chercher ailleurs les raisons de l’hostilité manifestée par ce brillant cerveau. Alejo Carpentier, dans son superbe roman Le Siècle des Lumières nous apprend que les francs-maçons se désignaient par le terme « philanthropes ». En parlant du capitaine qui accepte de les embarquer, leur permettant ainsi de fuir les persécutions dont ils risquent d’être les victimes, le héros de cette histoire confie à ses amis que « lui aussi, (le capitaine) il est philanthrope. »
Tous ceux qui me connaissent savent que je suis le contraire d’un philanthrope (au sens étymologique cette fois) et que je n’ai jamais dissimulé ma misanthropie. Je conçois les êtres humains comme autant de cellules malignes qui détruisent le corps vivant (la Terre) sur lequel ils vivent.
J’ignore si l’excellent lecteur qui ne veut ni me voir ni m’entendre est un « philosophe philanthrope » au sens du Siècle des Lumières, mais il grossit certainement la troupe des humanitaroïdes modernes qui rêvent de supprimer les frontières, d’abolir la peine de mort partout où elle est appliquée et de trouver toutes les excuses imaginables à tous les délinquants — à l’exception toutefois des personnes se situant à l’extrême droite de l’échiquier politique.
Souvenons-nous qu’une des premières choses apportée aux Caraïbes par les révolutionnaires jacobins idéalistes était une guillotine, d’abord transportée dans les soutes du navire commandé par Victor Hugues avant d’être montée bien en vue sur la proue. Elle s’avérera très utile. Les anciens philanthropes veulent certes abolir l’esclavage mais ils veulent aussi supprimer leurs ennemis. Rien de tel pour cela que de leur trancher le cou.
Des hommes comme Hugues sont des girouettes tournant dans la direction que leur impose le vent. « Avec le coup d’état du 18 Brumaire, il repartait en Guyane et au final rétablissait l’esclavage sous les ordres du Consul Bonaparte. »
« À mort, les partisans de la peine de mort ! » pourrait constituer le mot d’ordre des vertueux d’aujourd’hui. D’un naturel très pacifique, je suis pourtant moi aussi partisan de la peine de mort pour les plus grands criminels. Ceci n’aura peut-être pas échappé au clairvoyant lecteur. Comme il n’a pas les moyens de m’éliminer physiquement, ce grand petit homme, se refuse à entamer un dialogue avec un monstre de mon acabit, et tente ainsi de me supprimer mentalement.
Ce n’est pas tout. Le blasphémateur que je suis a peut-être touché la corde la plus sensible du bonhomme. Ma faute a été d’évoquer le professeur Faurisson en employant une expression élogieuse. Ne l’ai-je pas désigné comme le « Galilée de l’histoire du XXe siècle ». Souvenons-nous que le philosophe, physicien, astronome et mathématicien toscan a été jugé et condamné par un tribunal pour avoir défendu l’hypothèse héliocentrique, jugée contraire au dogme selon lequel la Terre était le centre. Il sauva sa peau de justesse en abjurant comme il lui était demandé. Il fut malgré tout placé en résidence surveillée dans sa villa de Toscane dont il avait interdiction de sortir.
Qui détient le pouvoir est naturellement tenté d’imposer à tous, non seulement sa vision du monde mais également sa conception de l’histoire. Vous ne direz pas n’importe quoi, en Corée du Nord, sur la vie du grand-père de Kim Jong-un !
Pour cette raison, les députés de l’Assemblée nationale française ont adopté l’ignominieuse loi Gayssot, du nom de ce député communiste qui l’a proposée. Son texte revenait à affirmer que les hommes politiques du camp des vainqueurs doivent être les seuls juges de ce qui a pu se produire pendant la deuxième guerre mondiale. Il convient de punir ceux qui pourraient mettre en doute les fondements du cirque juridique monté à Nuremberg par les armées victorieuses. Voilà la Vérité sacralisée contre laquelle aucun doute ne sera plus toléré.
Faut-il considérer comme une chance que les historiens aient pu contester l’explication attribuant aux nazis le massacre de Katyn ? Il est aujourd’hui reconnu que les communistes ont procédé à la décapitation de l’intelligentsia polonaise en tuant dans la forêt tous les officiers de l’armée polonaise qu’ils détenaient dans des camps de prisonniers avant de les enterrer dans des fosses communes. Les juges envoyés à Nuremberg par leur gouvernement ne se sont bien entendu pas occupés de ce crime contre l’humanité. La justice n’est jamais indépendante des pouvoirs qui nomment et promeuvent ses magistrats. Ceux-ci sont toujours au garde-à-vous.
Les criminels anglais et américains qui ont organisé le nappage par des bombes de tous les centres villes allemands sont aujourd’hui décorés. Les assassins américains qui ont perpétré le massacre de Mỹ Lai et bien d’autres moins célèbres sont blanchis par les tribunaux.
Au reste, pourquoi poursuivre l’expression d’une opinion, peu importe qu’elle soit vraie ou fausse ? Qu’un avis soit faux n’est indubitablement pas suffisant pour condamner les personnes qui le défendent. Les hurluberlus qui maintiennent encore que la Terre est plate peuvent continuer tranquillement. La hargne des persécuteurs doit se nourrir ailleurs.
Les partisans de la loi Gayssot se justifient quelquefois en arguant qu’il faut réduire au silence les révisionnistes comme Faurisson parce que leurs opinions sont gravement blessantes pour les victimes et leurs familles.
Pourtant, personne en République n’a jugé utile de rédiger une disposition légale qui condamnerait les impies prétendant que Jésus n’est qu’un personnage de fiction inspiré d’un mythe égyptien. Qu’en est-il ici des blessures infligées aux catholiques ?
La raison d’interdire ne tient donc pas à la fausseté de la parole mais plutôt au risque qu’elle fait courir de convaincre. Les jeunes têtes ont été si bien bourrées par les histoires du nouveau testament que rien ni personne ne leur fera croire que cet envoyé de Dieu n’est qu’une légende. La diffusion de l’idée subversive s’arrêtera d’elle-même.
En revanche, il ne peut être question de tolérer des idées adverses qui risquent de se répandre. Il faut les occulter par tous les moyens. Au lieu de répondre aux arguments développés par les révisionnistes, les bien-pensants et leurs amis les feront exclure des supports d’information modernes. Personne n’a le droit d’écouter ce qui sonne mal à leurs oreilles.
La première chaîne de la télévision allemande, ARD, ne peut être suspectée d’une intention révisionniste. Elle a pourtant commis la faute de donner la parole, dans un magazine d’actualité prestigieux (Panorama), à Madame Ursula Haverbeck . J’ai sous-titré cette interview et je l’ai postée sur ma chaîne YouTube. Bien que la respectable vieille dame ne profère pas un seul mot de haine ou d’incitation à la violence, après quelques semaines le film a été classé comme contrevenant aux règles et retiré. YouTube n’est plus un lieu de liberté d’expression.
Le droit d’avoir une opinion et de la rendre publique, quel que soit le sujet, quel que soit son caractère vrai ou faux, est pour moi inaliénable. Vous trouverez donc la vidéo censurée ici : https://argumenter.com/2019/01/02/ursula/
Heureusement, ceux qui persécutent les révisionnistes et qui les frappent d’ostracisme en refusant tout dialogue avec eux leur rendent en réalité le meilleur service qui soit. Une victime est toujours la meilleure propagande pour une cause. Les magistrats qui condamnent en invoquant la loi Gayssot sont les frères des Turcs qui punissent les historiens insistants sur la réalité du massacre des Arméniens. Un million de morts ne se dissimulent pas si facilement.
J’ignore si la vérité historique triomphe toujours. Je l’espère. Je ne peux que m’inspirer de Galilée qui, en sortant du tribunal de l’inquisition, donnait l’impression de savoir qu’un jour le monde reconnaîtrait ses raisons.

1 Comment

  • La loi Gayssot est une sottise. Personnellement je suis tout disposé à croire au massacre systématique de Juifs par les Nazis (encore que j’ignore le nombre de victimes), mais une loi qui interdit de mettre en question une croyance, quelle qu’elle soit, tend à faire croire que pourraient se révéler des vérités contraires à ce qui est affirmé s’il n’y avait la menace de lourdes amendes ou d’un emprisonnement. En définitive c’est contre-productif, surtout à notre époque « trumpienne » où le complotisme fonctionne à plein.

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