62e Propos. Misanthropie.

62e Propos d’un iconoclaste

Misanthropie

 

Je n’aime pas l’homme. J’aime quelques êtres humains. L’humanité est l’invasion virale qui tue la planète qu’elle a infectée. Or, il semble bien que la pensée conforme fasse de l’amour des hommes en général un devoir. C’est encore là un héritage du christianisme, sans doute : aimez-vous les uns les autres, aime ton prochain comme toi-même, croissez et multipliez, etc.
Mais je n’aime pas mon prochain, ni tous mes voisins, et je pose pour déculpabiliser ce désamour la même question que Diderot posait pour l’incrédulité. Le philosophe écrivait à son frère curé qu’il ne pouvait accepter un « devoir de croire » puisque croire ou ne pas croire ne résulte pas d’un choix. Pour la même raison, je n’accepte aucun « devoir d’aimer ». L’injonction « aime ! » me paraît tout aussi absurde que l’injonction « crois ! ». Que je ne croie pas ou que je n’aime pas, je ne peux pas changer d’avis sur ordre.
Les amants abandonnés, les laissés-pour-compte supplient leurs partenaires : «  aime-moi ! ». Ils oublient que personne n’est aimé sur commande ou par supplications. Pour être aimé, il faut se rendre aimable et l’humanité n’a rien d’aimable à mes yeux.

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